Je redécouvre mes enfants

Témoignage paru dans Les Plumes de LAIA n° 19, septembre 2012

Un an après avoir déscolarisé ses enfants, Karine nous explique en quoi l’instruction en famille l’a aidée à mieux connaître ses enfants.

 

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Aujourd’hui, une année s’est écoulée, nos enfants grandissent et apprennent sans école. Depuis, j’ai découvert intimement mes enfants : leur façon de penser, d’analyser, de construire, de gérer leurs émotions, d’accepter l’effort dans la difficulté…
J’étais déjà une maman proche de mes enfants et disponible ; avec l’instruction en famille, je le suis plus encore et surtout d’une manière différente.
Qu’est-ce qui a provoqué un rapprochement aussi profond avec mes enfants? Qu’est-ce qui resserre les liens dans la pratique de l’instruction en famille ? Et donc, que manque-t-il quand les enfants sont scolarisés, qu’est-ce qui empêche ce lien particulier ?

De spectatrice à actrice
Avant la scolarisation de ma fille et pendant ses trois années d’école, je prenais garde à ne pas trop faire de choses avec elle qui se seraient rapprochées du scolaire car je ne voulais pas qu’elle soit en avance par rapport aux autres et qu’elle en souffre. Qu’elle soit « dans le moule », c’était plus simple pour tout le monde ! Je laissais donc le soin aux enseignants de s’occuper de ses apprentissages scolaires. Nous, parents, regardons les cahiers, l’enfant est fier de nous les montrer, mais tout ceci est bien abstrait. Les parents sont spectateurs.
Avec l’instruction en famille, je suis devenue actrice aux côtés de mes enfants qui évoluent selon leur individualité. Je les accompagne dans leurs apprentissages. Je refuse de rentrer en conflit avec eux pour qu’ils apprennent ; je suis donc attentive à ce qu’ils verbalisent et à leur comportement pendant une activité pour adapter au mieux ce que je leur propose. J’ai appris à comprendre et à deviner leur ressenti face à un travail (trop difficile, trop « fastoche », pas attrayant ou passionnant, amusant…). Je les observe et je suis aussi à leur écoute quand ils ne sont pas en activité pour pallier le mieux possible leur soif de connaissances plus informelles. L’instruction en famille oblige à une réflexion sur ses enfants et sur soi-même pour mettre en place une organisation qui va permettre leur instruction. De ce fait, ma connaissance de mes enfants évolue depuis nos débuts en instruction en famille.
La découverte profonde se fait aussi des enfants à mon égard parce que je me remets en question si je me trompe de méthode, j’en discute avec eux ; ils voient mes difficultés, mes doutes, mes erreurs et aussi mes satisfactions, mes joies, ma fierté pour eux et pour moi-même. Ils voient mes failles et comment je les contourne, ce qui permet, je pense, de mieux accepter leurs erreurs et les efforts qu’ils doivent parfois fournir.

Du temps pour tout
Quand l’enfant va à l’école, il faut faire vite le matin, le midi ; et le soir, je revois encore ma fille jouer, courir dans le jardin. Elle avait besoin de paix, de rester seule et de se retrouver. L’échange entre nous se faisait plus tard, quand elle était au lit, avant de s’endormir.
Maintenant, on a du temps pour tout : pour être seuls et pour être ensemble. Les enfants ont le temps de lire, d’écrire, faire des jeux calmes, construire, créer ; ainsi, j’en apprends chaque jour sur leurs capacités quand je les regarde faire et quand ils me montrent fièrement le résultat de leur travail en autonomie. Quand ma fille était à l’école et mon fils à la crèche, je ne les voyais pas faire, je ne voyais que le résultat. Toute la différence est là !

De meilleures relations
En pratiquant l’instruction en famille, je connais mieux mes enfants dans leur rapport avec les autres. Je les vois jouer et créer des liens avec d’autres enfants, et aussi ne pas hésiter à converser avec des adultes !
A l’école, si un incident relationnel arrive dans la journée, on le sait au mieux le soir si l’enfant en parle, ou par la maîtresse si elle en a été témoin et qu’elle pense à le dire ! Les incidents peuvent être minimisés ou amplifiés (non intentionnellement) par l’enfant ou la maîtresse. On ne sait pas ce qu’il se passe dans l’école, c’est difficile de se faire une opinion, et de ce fait de pouvoir rassurer et expliquer la situation à notre enfant. La résolution des conflits avec des intermédiaires n’est, à mon sens, pas très efficace.
Dans la pratique de l’instruction en famille, la plupart du temps, je suis présente. J’ai remarqué que lors des rencontres et sorties, les problèmes se règlent vite, « à chaud ». La discussion est possible avec les parents (souvent les mamans) qui sont près de leurs enfants aussi.

Depuis que nous sommes en instruction en famille, je comprends de mieux en mieux le fonctionnement intellectuel et psychologique de mes enfants. Ils ont le temps de faire et j’ai le temps de les regarder. Je mesure pas à pas leurs progrès et leurs acquis dans tous les domaines.
Ils expriment souvent, avec des mots ou non, leurs états d’âme, leurs inquiétudes, leurs colères, leurs joies, leur nervosité au moment où ils les ressentent, seuls ou avec les autres, et je suis là pour répondre si besoin.
Voilà ce que nous apporte l’instruction en famille : du temps pour vivre ensemble, communiquer. Et pour que tout ce temps soit le plus serein possible, on doit s’accepter, se respecter mutuellement et pour cela, se comprendre.

Karine

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